Les engagements de notre rédaction pour « féminiser » nos contenus

La Voix du Nord, le 12 mars 2020 | 0 commentaire

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Valoriser la place des femmes

Il y a un an jour pour jour, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, nous avions imaginé un contenu exceptionnel dans le journal et sur notre site, un état des lieux de la situation des femmes dans la société française. En ce 8 mars 2020, nous souhaitons dépasser le constat et nous inscrire dans la durée. Nous vous présentons cette fois un engagement fort, réfléchi, élaboré collectivement ; c’est l’engagement d’une rédaction de 310 journalistes (48 % de femmes, 52 % d’hommes) de se mobiliser chaque jour pour que l’équité de traitement entre femmes et hommes s’inscrive culturellement et durablement dans nos colonnes et dans nos organisations.

La mission d’une rédaction est de témoigner des courants qui agitent la société. Elle ne peut le faire convenablement que si elle s’interroge sur ses propres pratiques. Nous ne sommes ni plus vertueux ni plus progressistes que les citoyens qui nous entourent. Mais nous ne restons pas en marge des débats qui traversent la société. Que la place de la femme et sa représentation fassent encore débat en 2020 nous a questionnés, interpellés.

Nous avons beaucoup évolué ces dernières années. Le constat impitoyable fait par nos lectrices qu’il y avait « trop de cravates dans le journal » nous a conduits à repenser toute une partie de notre contenu. On doit néanmoins le reconnaître, les hommes sont pourtant encore souvent surreprésentés dans nos colonnes. Le constat est le même pour notre organisation. Là aussi nous avons avancé, des femmes ont été nommées à des postes-clefs. Mais nous ne progressons pas encore assez vite.

Nous avons donc décidé, collectivement, d’aller plus loin.

Les engagements que nous vous présentons ci-contre sont l’aboutissement d’un travail d’un an, initié par le collectif Ouvrons La Voix composé de femmes et d’hommes de la rédaction, un travail mené en concertation avec la rédaction en chef dans le cadre d’ateliers ouverts à tous, remis en forme et validé par la rédaction en chef avant d’être présenté à nos représentants syndicaux, qui ont pu l’amender. C’est dire s’il nous engage.

 

À La Voix du Nord, on ne veut plus « célébrer » chaque année la femme le 8 mars comme on fête les grands-mères le 1er mars ou les amoureux le 14 février. La place de la femme dans la société ne peut pas se résumer à un coup marketing. C’est chaque jour que nous devons nous poser la question.

Notre objectif est qu’il y ait plus de femmes mises en valeur dans le journal et qu’elles ne soient pas représentées que dans des fonctions/rôles dits « féminins ». Pour ce faire, est mis en œuvre un principe d’égalité de traitement : s’il n’y a pas de raison particulière pour qu’un homme soit choisi, dans un contexte neutre ou positif, on préconise de privilégier une femme. Des tamis généraux doivent permettre d’appliquer cette règle générale, pour l’ensemble de nos contenus, dans la mesure où elle ne dénature pas l’information donnée. (…) Deux « tamis » sont mis en place, indiquant les questions à systématiquement se poser. (…)

Le tamis photo

Est-ce que je peux mettre une femme à la place d’un homme sans dénaturer l’information ?

Est-ce que je véhicule une image stéréotypée/sexiste des femmes à travers cette photo/vidéo/illustration ?

Est-ce que je représenterais un homme de la même façon ?

Est-ce que ça a un sens que ce soit une femme/un homme sur cette photo ?

Cette femme est-elle choisie/ écartée sur des critères physiques ?

Le tamis rédactionnel

Est-ce qu’une femme pourrait avoir une place dans ce sujet ?

Est-ce que j’aurais posé les mêmes questions à un homme ?

La personne est-elle décrite physiquement parce que c’est une femme ?

Cet article comporte-t-il des termes sexistes ?

Certains noms de l’article pouvaient-ils être féminisés ?

Les interlocuteurs du sujet ont-ils bien tous soit un prénom, soit un prénom et un nom, qu’ils soient hommes ou femmes ?

LA FÉMINISATION DES NOMS

Les noms de métiers et de fonctions seront féminisés, en s’appuyant sur un lexique mis à disposition des journalistes (…).

LE CAS PARTICULIER DES VIOLENCES CONJUGALES

Les photomontages de violences seront exclus, qu’il s’agisse de violences conjugales, de harcèlement sexuel, mais aussi d’éventuels autres faits divers… (…)

Pour le traitement des violences conjugales (comme pour tout autre fait grave), il est demandé de ne pas faire d’humour.

Nous appelons à ne pas minimiser les faits, par exemple en disant que c’est la jalousie qui est à l’origine des faits, lorsqu’un homme a tué une femme.

Nous invitons à éviter les détails scabreux.

Nous invitons à une réflexion sur le fait de donner l’identité des auteurs de délits et de crimes. Donner le nom de l’auteur, c’est aussi donner parfois le nom de sa victime. Nous préconisons de ne pas mettre alors l’identité des auteurs. (…)

UN INDICATEUR POUR MESURER NOS PROGRÈS

Un « baromètre » sera mis en place pour mesurer les progrès accomplis (…). Un rapport régulier sera établi par le Conseil de rédaction (de La Voix du Nord).

 
Agir aussi au sein de nos organisations

Le texte adopté prévoit aussi des mesures visant à assurer une plus juste place aux femmes dans les fonctionnements internes de la rédaction de La Voix du Nord : plus grande vigilance sur les comportements répréhensibles en matière de harcèlement sexuel, bien sûr, mais aussi de « sexisme ordinaire » (les remarques déplacées ou réflexes inconscients) ; meilleure formation des managers sur le sujet et meilleure information de toutes et tous ; encouragement à la promotion des femmes… Là aussi, un indicateur annuel permettra d’évaluer les progrès accomplis. Il mesurera notamment la proportion de femmes embauchées et promues chaque année.

Dans le cadre de « Nouvelle Histoire »

Les engagements de « féminisation » de nos contenus intégreront notre futur Guide rédactionnel. Il sera élaboré en co-construction avec nos lecteurs, sur la plateforme collaborative nouvelles-voix.fr. Cette démarche s’inscrit dans le projet « Nouvelle Histoire » porté par La Voix du Nord, à partir de sa raison d’être : « Ensemble, écrire la nouvelle histoire du Nord ». C’est également dans ce cadre que notre entreprise a signé la charte PFDM (pour les femmes dans les médias), le 21 janvier 2020.